Association Française pour l’Histoire et l’Étude du Papier et des Papeteries
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Les rencontres de l’AFHEPP

L’ AFHEPP au Moulin Richard de Bas

Les 27, 28 et 29 septembre 2013

Une vingtaine de membres de l’AFHEPP se sont réunis les 27, 28 et 29 septembre 2013 sur le site du Moulin de Richard de Bas en Auvergne.

Sylvette Hubert [1] nous raconte :

" Sous un franc soleil, nous partons à la découverte des vallées papetières en autocar, guidés par Jean-Louis Boithias [2], natif du lieu.

Sur le ruisseau Grand Rif, le moulin de La Grand-Rive est un imposant bâtiment en U à quatre étages devenu, au XIXe siècle, une importante minoterie. L’aile d’habitation percée d’un porche et flanquée d’une tour carrée est élégante. Le site est habité et sauvegardé par la famille des derniers minotiers.

Le village de Laga nous révèle l’architecture typique des moulins à papier d’Ambert :

Le bâtiment rectangulaire à trois niveaux est appuyé à la colline et soutenu en façade par des contreforts ; le premier niveau voûté, solidement construit de pierres, supporte l’axe de la roue et l’arbre à came des piles. Un escalier extérieur conduit au premier étage d’habitation et autres salles de travail. Le tout est coiffé de l’étendoir, vaste salle de séchage, fermé de planches à clairevoie. Le moulin est souvent doublé d’un bâtiment agricole permettant de nourrir la famille et les ouvriers du papetier. On trouve à maintes reprises, dans les murs, le dessin du filigrane du moulin gravé dans la pierre.

En amont, l’eau, dérivée du ruisseau, est canalisée dans le bief qui coule à flanc de colline pour alimenter plusieurs moulins installés successivement dans la pente, formant un hameau. Ailleurs, comme à Nouara ou à Valeyre, les moulins sont mitoyens et les roues se succèdent sur une longue façade. Puis l’eau du bief rejoint le ruisseau et s’achemine vers un autre village papetier en contre- bas…

La roue du moulin est une roue à godets, et non à pales, qui explique que le faible débit d’eau des ruisseaux suffise à l’entraîner : l’eau du bief, conduite par une rigole au-dessus de la roue, emplit les godets et, de son poids, crée le mouvement. Cette économie d’énergie explique aussi la forte concentration de moulins à papier dans une région de modestes ruisseaux aussi réduite et enclavée.

La visite du Moulin Richard-de-Bas, seul en activité dans la région, confirme dans son fonctionnement la structure extérieure du bâti :

- Au premier niveau, nous trouvons successivement, en zone humide, la roue, le pourrissoir, les piles au nombre de cinq équipées chacune de trois maillets, la cuve d’ouvrage, la presse.

La pâte à papier est progressivement raffinée de pile en pile ; puis, à la cuve, l’ouvreur plonge la forme dans la pâte réalisant la feuille de papier tandis que le coucheur la pose sur un feutre, tous deux travaillant dans le même rythme jusqu’à la mise en presse.

Les voûtes isolent le premier étage de l’humidité, du bruit, des incendies.

- A l’étage, l’habitation du papetier est aussi l’entrée du Musée historique du papier ; ce niveau, plus sec et mieux éclairé était surtout le lieu de travail des femmes : préparation des chiffons, vérification des feuilles de papier.

- Sous les toits, les étendoirs...et salles d’exposition.

En 1934, le Moulin Richard de Bas cesse son activité à la mort de son dernier propriétaire. C’est Marius Péraudeau, représentant de fabriques de papier à Paris, qui le rachète, le rénove et relance la production de papier, en 1943, avec l’idée innovante d’en faire un site pédagogique et touristique.

C’est en compagnie de sa fille et de ses petits-enfants, aujourd’hui gérants de l’entreprise que nous avons le plaisir de suivre cette visite, guidés par Monsieur Jean Delluègue, son gendre, conservateur du musée. Près de la fresque illustrant la route du papier depuis la Chine, les vitrines laissent voir l’évolution du support de l’écrit à travers le monde. Parmi les nombreux objets qui ont trait à la fabrication du papier, nous nous arrêtons avec Jean-Louis Estève sur une machine à fabriquer les formes dont il essaie de percer les secrets.

Pour son 70è anniversaire, le musée expose une très belle collection de filigranes.

Michel Boy [3] nous indique qu’il n’y a pas encore de papier à Ambert en 1326, comme le laisse penser le filigrane du Moulin Richard de Bas. Antoine Richard achète le moulin, déjà en fonctionnement, en 1463. Un autre membre de la famille Richard s’installe à Nouara vers 1450. Cette région pauvre et enclavée, qui doit acheminer les chiffons et expédier sa production avec difficulté, deviendra pourtant la concentration la plus importante du royaume de France, tant par sa quantité que par sa qualité. Les droits d’eau en vigueur ne sont pas appliqués en Livradois, ce qui peut expliquer la grande quantité de papetiers dans ces lieux. On comptera une centaine de moulins dans la région d’Ambert. Le développement de la production Livradoise est lié à l’imprimerie Lyonnaise. Au XVIIe siècle, Dupuy, de La Grand-Rive, venu au papier par mariage, développe l’activité grâce à ses moyens financiers. Ami avec le dirigeant de la librairie royale de Lyon qui lui achète son papier, il dirigera jusqu’à sept moulins.
Un frère possède les bateaux de sapin qui transportent le papier depuis l’Allier jusqu’à Paris. A leur arrivée, les sapinières sont vendues pour leur bois.
Un fils deviendra Intendant en Nouvelle France. Le savoir-faire auvergnat s’exporte, un projet de créer une école à la fin du XVIIIe siècle ne se réalisera pas.

Les petits ruisseaux d’Ambert, qui ont fait sa renommée, ne suffisent pas à entraîner le mécanisme de la pile hollandaise. A l’arrivée de la machine à papier en continu, faute de moyens financiers suffisants et de transports modernes (chemin de fer), les papetiers ne peuvent se moderniser pour lutter contre les papeteries industrielles.
Au XIXe siècle de nombreux moulins vont se transformer en fabriques de tresses et lacets ou de dé- moulinage de la soie pour le marché lyonnais. La Grand rive deviendra une minoterie très prospère.

Notre séjour se termine par une randonnée pédestre. Après les fortes pluies de la nuit, nous cheminons dans un paysage de vallées embrumées, les moulins, devenus résidences, sont encore assoupis. Nos guides continuent d’alimenter notre curiosité, laissant le temps de ramasser quelques girolles, plaisirs mêlés d’une belle fin d’été. "

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Deux membres de l'AFHEPP avec Michel Boy, Jean Delluègue et Jean-Louis (...) Michel Boy et Jean-Louis Boithias étudient une pierre gravée Jean-Louis Boithias et les membres de l'AFHEPP à la découverte des (...) Jean-Louis Boithias et les membres de l'AFHEPP sur le sentier des (...) Sylvain Péraudeau et Denis Peaucelle Moulin Richard de Bas

Notes

[1restauratrice, encadreur à l’Atelier du Papier, membre de l’AFHEPP

[2historien, ethnologue et spécialiste du patrimoine papetier du Livradois-Forez, auteur, notamment, de « Les moulins à papier et les anciens papetiers d’Auvergne ». Éditions Créer, 1981

[3auteur de « Histoire de la papeterie livradoise, Chroniques historiques du Livradois-Forez »

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